28 avril 2007

Vitesse de libération

EXTRAIT DU JOURNAL DE MON GRAND-PERE:

Je me sent parfois comme un fou qui voudrait, à la force des bras satelliser des cailloux autour de la Terre, en toute discrétion, sans déranger personne.



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11 août 2006

Les héritiers


De génération en génération (bronze), Bruce Krebs, Ville de La Rochelle (1999)

On peut admirer ce bronze dans la ville de La Rochelle sur un mur du Rempart.

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08 août 2006

Aimer l'art contemporain

Fontaine, Richard Mutt (Pseudonyme de Marcel Duchamp), 1917

Ne jamais dire : "Fontaine! je ne boirai de ton eau!"


Ma fontaine-pissotière partait de l'idée de jouer un exercice sur la question de goût: choisir l'objet qui a le moins de chance d'être aimé. Une pissotière, il y a très peu de gens qui trouvent cela merveilleux. Car le danger, c'est la délectation artistique. Mais on peut faire avaler n'importe quoi aux gens ; c'est ce qui est arrivé. Marcel Duchamp

***
Alors que pendant longtemps l'art contemporain ne parvenait à susciter en moi qu’une grande perplexité, je tombais un jour devant une oeuvre qui étancha plus que de raison une soif de comprendre pourtant bien modérée. Cette œuvre était Fontaine. Je n'irai pas jusqu'a dire que Fontaine éveilla au fond de ma conscience un frisson esthétique ou des transports enthousiastes. Mais elle m'acquit définitivement à la cause de ce que néanmoins j’appellerai toujours à regret l'art contemporain.
Expression la plus haute (en même temps que la plus humble) de l'esprit humain, l'art contemporain aurait du définitivement disqualifier la pertinence du concept d'art. C'est toujours avec répugnance que je emploie ce mot que j'eus préféré remplacer par ce néologisme précieux et ridicule de ma conception ; la fabricature. Ce terme, construit pour rimer avec littérature renvoie modestement à la notion la plus générique du faire comme, avant leur galvaudage, ars, poiesis et to perform qui devaient ramener l'homme a sa modeste condition d'être faiseur de son propre monde au sens où l'entend la philosophie constructiviste. La grande réussite de l'art contemporain est cet éveil de la conscience humaine abrutie par la religion idolâtre du beau iconisé dans les œuvres d’art. Avec la complicité d’un pouvoir toujours en mal de légitimité, la nouvelle cléricature des artistes spécule sur les œuvres désormais considérées comme seules et légitimes médiatrices du beau tout en autorisant – en sous main - l’instauration généralisée de la laideur industrieuse dont la seule véritable justification est l’inavouable cupidité à courte vue des mêmes. Car il y a bien quelque chose de pourri au royaume de l'art et, parce qu'il ne souffre pas le compromis avec le Prince usurpateur l’artiste contemporain se condamne tel Hamlet à la folie (feinte ou réelle?) qui aurait du lui épargner l'imposture de son propre statut social. Or entre temps la folie est devenue une valeur et tout est à recommencer…

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11 juin 2006

En quête d'histoire culturelle


"L'âme du monde à cheval" (Hegel)

NOTE DE LECTURE:

En quête d'histoire culturelle : Conférence Philip Maurice Deneke, 1967 / E.H. Gombrich ; Trad. de l'anglais par Patrick Joly. - Paris : G. Monfort, 1992. - 87 p. ; couv. ill. en coul. : 19 cm. - (Imago Mundi).

trad., de : "In Search of Cultural History".
Bibliogr. p. 81-87.
ISBN 2-85226-052-2


Il s'agit d'une critique de la notion de culture telle qu'elle se conçoit traditionnellement en histoire culturelle ; en fait, une critique de la Geitesgeschichte que je traduirai par Histoire des mentalités, terme qui ne figure pas dans l'ouvrage cependant. Le projet fait penser à Geoffrey Lloyd. Mais tandis que les préoccupations de celui ci s'appliquent à l'histoire des sciences, Gombrich est d'abord un historien de l'art et de la culture.
Au cour des premières pages, il déplore l'ambiguïté du mot culture qui dénote souvent des jugements de valeurs qui n'ont pas leur place dans l'épistémologie de l'histoire.
Les faiblesses de ce concept (existe t'il des éléments concrets accessibles à l'étude qui permettent de définir une culture passée ou "l'esprit" d'une époque) auraient pour origine l'influence de la philosophie hégélienne de l'histoire qui serait une tentative pour substituer aux anciennes eschatologies judéo-chrétiennes (l'Histoire comme réalisation finalisée d'un plan divin), un plan déterministe développé dans une cosmogonie athée satisfaisante pour l'esprit rationaliste mais tout aussi arbitraire sur le plan heuristique d'après l'auteur.

Il ne s'agit pas de mettre Hegel en accusation mais de montrer comment sa philosophie de l'histoire a constitué par son encyclopédisme l'expression la plus brillante d'une tendance de l'intellect qui cherche à structurer un ensemble de faits hétérogènes dans un schéma mécanique finalisé (l'avènement de l'Esprit) et par là, rassurante.

Ce qui est d'abord contesté c'est la possibilité d'extraire parmi les traces léguées par le passé des faits qui seraient l'expression de l'esprit d'une époque : Napoléon n'est pas l'âme du monde à cheval (Hegel) et Gertrude Stein n'incarne certainement pas à elle seule l'esprit son temps (Volkgeist). C'est l'espoir partagé par beaucoup d'historiens de pouvoir montrer l'unité organique de toute une époque que Gombrich aimerait dissiper. Il montre comment cet espoir a porté l'oeuvre des plus grands historiens ; Burckhardt en particulier dont l'influence sur la manière de faire de l'histoire est encore importante aujourd'hui.
Malgré tout Gombrich semble ne pas vouloir abandonner complètement l'idée de cohérence des faits en histoire ; l'historien de la culture doit mettre en évidence des continuités. Il s'agit toujours de rapprocher des faits mais de le faire dans la diachronie plutôt que dans des études synchroniques (pour employer les termes des linguistes) comme Burckhardt à pu le faire pour la Renaissance italienne.

Le dernier chapitre est un plaidoyer pour l'histoire culturelle. Le passé s'éloigne de nous de plus en plus vite. L'espace humain en pleine mutation dans sa fuite en avant semble ne pas se soucier de conserver la mémoire de ce qu'il tient désormais pour révolu et les moyens pour les hommes d'aujourd'hui de comprendre ce que furent les hommes du passé semblent tomber en une fine poussière qui file entre nos doigts. Gombrich redoute que sa critique mette de l'eau dans le moulin de ceux qui voient dans l'histoire culturelle une matière qui mobilise des crédits publics qui seraient peut-être mieux utilisés si on les affectait à la recherche sur les nano-technologies par exemple. Voici la conception du travail qu'il propose.

Extrait :
Il est plus judicieux de connaître Shakespeare ou Michel-Ange que de "faire des recherches" sur leurs œuvres. La recherche n'apporte pas forcement quelque chose de neuf, mais la connaissance des œuvres est un plaisir et un enrichissement. Il semble vraiment dommage que les universités soient organisées de manière à occulter cette différence. Une bonne partie du malaise qui règne autour des humanités pourrait se dissiper du jour au lendemain si nous prenions conscience du fait que nous n'avons pas à singer les scientifiques pour rester respectables. Il y a peut-être une science de la culture, mais celle ci relève de l'anthropologie et de la sociologie. L'historien de la culture se doit de devenir un érudit, non un scientifique. Il se doit de rendre accessible à ses étudiants et à ses lecteurs les créations d'autres esprits ; la recherche, à cet égard, est accessoire. Non qu'elle ne soit jamais nécessaire.(…) le véritable but de l'historien culturel est de servir la culture et non d'alimenter l'industrie universitaire.
Cette industrie, je le crains, menace de devenir l'ennemie de la culture et de l'histoire culturelle. Peu de gens peuvent lire et écrire en même temps ; et pendant que nous nous consacrons à nos recherches, sur des questions importantes ou d'un intérêt mineur, les chefs-d'œuvre du passé que nous laissons moisir sur les étagères nous regardent avec un air de reproche.

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13 mai 2006

Bonheur conjugal

NOTE DE LECTURE : Lettre à Laurence, Jacques de Bourbon Busset





les mariés, I. Esposito, 1991




Lettre à Laurence / Bourbon Busset de l’Académie française. Gallimard, 1987. 122 p.

En causant ce matin de ce petit livre avec un collègue du laboratoire d'économie quantique, celui-ci, prenant un air doctoral, me dit:

- " Tu sais mon vieux, si tu t'imagines encore que le mariage à quelque chose à voir avec ce qu'on appelle l'amour, alors tu te goures! ce que tu te goures! Autrefois, pour une femme, prendre à un mari, c'était un investissement tandis que pour un homme prendre femme, c'était une dépense somptuaire. Quant à aujourd'hui, avec l'évolution des rapports de force entre hommes et femmes, on peut dire que pour les deux parties le mariage est un placement à risque".

Cela fait maintenant dix-sept années que je suis veuf. Je garde encore le souvenir ému de celle qui fut ma femme. Malgré cela il m'est possible d'acquiescer au fond de la pensée de mon honoré collègue. Moi, c'est comme dans la chanson, j’aime pas les gens heureux. Après tant d'années de veuvage, je tombe sur ce petit livre de M. Jacques de Bourbon Busset. Ce texte d’un académicien endeuillé ne m'est en rien sympathique. Le veuf à séché ses larmes et d’une main qui ne tremble plus il écrit plein d'ardeur une sorte de lettre ouverte à sa défunte épouse pour édifier le monde entier (disons le monde francophone) avec l'exemple exceptionnel de leur relation conjugale qui fut d'une qualité quasi-mystique. Vivante l’épouse Laurence de Bourbon Busset était la grande source inspiratrice de toute son oeuvre d'écrivain; plus que sa muse elle fut la matière même de son art. Avec ce dernier ouvrage qui est une sorte d’oraison funèbre pour son bonheur conjugal perdu, elle continue d’animer son écriture.
Dans ce jardin bien entretenu fleurissent et s’épanouissent tout un ensemble d’idées convenues sur l'amour et la mystique du couple qui me semblent caractériser les intellectuels catholiques français de bonne naissance. Pour aller vite, une resucée des idéaux chevaleresques de l’amour courtois.


Extraits

Page 22 :

Tu étais pour moi ce qu’il y avait de plus réel dans le réel. Par ton entremise, j’entrais en contact avec les forces élémentaires, je touchais le substrat de l’univers.
La fonction de la femme est d’assurer la liaison entre l’être humain et le cosmos. Beaucoup de femmes s’en doutent confusément. Certaines, égarées par les prestiges de l’intelligence pure et délirante, le nient. Quelques-unes non seu­lement l’admettent mais font de leur mieux pour transmettre le message. Tu étais de celles-là.

Page 77
Je viens de lire que notre ami Jean-Louis Barrault résume ainsi Le Soulier de satin " A tout être qui vit en ce monde il existe un autre qui lui correspond. Ces deux êtres, de toute éternité, s’appartiennent l’un à l’autre. Que ces deux êtres se rencontrent, aussitôt ils se recon­naissent, chacun possède la clef de l’autre. "
Cela arrive rarement. Cela nous est arrivé, Et nous avons eu le privilège, contrairement à Prouhèze et à Rodrigue, d’avoir le droit de nous aimer. Nous avons eu la chance de nous aimer au grand jour et l’assentiment public n’a pas diminué ce que nous éprouvions.

Page 85 :
Nous avons vécu l’absolu au quotidien. Je m’efforce de le vivre encore. L’amour durable n’est pas une institution mais une aventure qui allie l’excès et la répétition, qui enracine la démesure. Chacun de nous était reconnu par l’autre comme l’être qui lui tenait lieu de tout. À partir du moment où j’ai su que j’étais ainsi reconnu par toi, ma vie a pris un sens et je me suis fixé comme but d’essayer de te rendre un peu de ce que tu me donnais.
L’expérience de l’absolu au quotidien nous mettait sur la même longueur d’onde que les religieux. Tu te disais attirée par la vie monas­tique et te réjouissais des aspects de notre existence qui s’en rapprochaient et s’affirmaient au cours des années. Tu étais de plus en plus séduite par la solitude, la solitude à deux bien sur. Tu l’appelais le Paradis et, quand tu disais cela, les yeux brillants, j’étais pénétré de joie.
Nous étions déjà compagnons d’éternité. Se préparer à devenir compagnons d’éternité, cela veut dire, ici et maintenant, vivre une alliance à toute épreuve, à la vie à la mort et, si la force en est donnée au survivant, au-delà de la mort. Cet objectif n’a rien de mutilant ni d’inhumain. L’absolu est chassé de la politique fort heureu­sement, mais une société sans absolu est une société morte. Les couples qui vivent l’absolu au quotidien sont la chance de la cité.


pp. 96-97 :
Enracinement, souvent, est synonyme de rou­tine, sclérose. Pour nous, c’était liberté, joie. La joie jaillissait de l’enracinement. L’articulation paradoxale entre l’enracinement et la joie est un des secrets que tu m’as transmis et que le conserve dans mon cœur.
Par enracinement j’entends un attachement à toute épreuve, qu’aucun obstacle, aucune menace, aucun malheur ne peut briser. De la certitude du caractère inaltérable de ce lien naît une joie puissante, sereine et libre, car un enracinement rend libre pour tout le reste. Si je milite pour l’amour durable, c’est pour que le plus possible de femmes et d’hommes connaissent la liberté et la joie de l’enracinement créateur.
[Comment peut-on marcher dans une telle grossièreté ; quelle tartuferie ! ]
Je ne me suis connu qu’après être sorti de moi-même. Je me suis vu dans toi. Mon vrai moi s’est logé en toi, comme ton vrai moi s’est logé en moi. Ce dédoublement symétrique nous a sauvés du narcissisme et de son sous-produit, l’arrivisme. [Quand on sait que le bonhomme qui écrit ça descend du bon roi Saint Louis, on se demande s'il est concerné par l'arrivisme, en sortant du ventre de sa mère ce gars là était déjà arrivé]
Il faut, (..), être capable de passion. Tu en étais capable et m’en as rendu capable par contagion. J’entends capacité au sens fort du mot qui l’apparente à vocation. Tu avais la vocation de la passion et ma chance inespérée a été que cette vocation m’ait pris comme objet. L’union chez toi d’une passion violente et d’une intelligence exceptionnelle explique ton destin. Une telle union est rare et ceux qui en sont les témoins et les complices ne peuvent que l’ad­mirer. Ils sont conquis et entraînés.
La complicité absolue entre deux êtres est la seule chose qui compte. Le reste sert à tuer le temps. Tout devient clair, en théologie et en métaphysique, dès qu’on comprend qu’être et amour sont une seule et même réalité.

p. 100 :
Comment combler le fossé qui se creuse tous les jours entre le rationnel et l’irrationnel? Le choix n’est pas entre la science et la magie, entre les laboratoires et les sectes. L’intelligence et le désir peuvent aller du même pas. Tu l’avais pressenti quand tu as entrepris tes graphismes. [ Sa femme était peintre et faisait de l’économie politique (lui est diplomate, comme Albert Cohen)]
La dissymétrie dans la symétrie, objet de tes recherches, rejoint l’imprécision dans la préci­sion de la physique quantique, qui ne prévoit que des probabilités de localisation, mais dans un espace bien délimité, L’imprécision dans la précision, c’est la liberté à l’intérieur de certaines limites. Les limites ne sont pas des brimades, mais des chances. [Là c'est du Houellebecq version optimiste]
L’esprit vit des rives qu’il se donne. Les limites guident l’illimité. La règle a un pouvoir provocateur. L’invention d’une règle est la règle de l’invention.

pp. 113-114 L’étreinte ; c’est-à-dire l’acte génésique, l’amour physique, la sexualité.
C’est sur cet absolu de l’étreinte que nous avons construit, jour après jour, notre aventure hiérogamique. Toujours nous avons vu dans l’acte d’amour le signe qu’il était possible d’éta­blir un rapport absolu avec l’absolu. La grivoi­serie, la gaudriole prouvent négativement la gravité de l’étreinte. Elles lui rendent un hom­mage indirect en cherchant à réduire à des gestes dérisoires l’enjeu même de l’être humain.
J’ai passé des années à essayer d’établir un pont entre mystique et sexualité. Beaucoup ont été scandalisés ou ont souri.
D’où vient que l’acte d’union de l’homme et de la femme fasse si peur, alors qu’en principe tous les tabous sont violemment rejetés? La seule explication est que chacun sait qu’une vie sexuelle heureuse est la réussite suprême. La misère sexuelle de beaucoup est la raison de ce silence apeuré. [qu'est-ce que Houellebecq en dirait?]
La relation la plus intense, pour un être humain, est l’étreinte. L’étreinte ouvre sur l’absolu. L’étreinte, c’est l’infini resserré. La gloire de l’étreinte est la respiration de l’univers.
L’étreinte ne cherche pas à abattre les fron­tières qui séparent les êtres. L’étreinte est l’al­liance de deux corps qui se servent de leur différence pour aller au-delà du conventionnel, du banal et du médiocre. La répétition n’exclut pas la démesure, elle lui donne une structure. Pendant quarante ans, cette démesure structurée a été notre ligne de vie.
Les corps ont pitié des âmes et veulent les aider à se rejoindre. Il faut les laisser faire. L’étreinte est le plus haut langage du corps et de l’âme.

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09 mai 2006

L'amour du faux

Le cinéma c’est mettre un uniforme à l’œil.
Franz Kafka. Cité p. 113 par Paul Virilio dans La vitesse de libération.



Un film de Steven Soderbergh, Pathé (1991)

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Compassion 1

Les riches et les puissants aiment à contempler la vie des humbles au cinéma ;
Là seulement dirait-on, ils arrivent à pleurer sur la misère d'autrui.
Rassurés sur eux même, ils savent qu'ils ont encore un cœur.

Compassion 2

Les pauvres et les humbles aiment à contempler la vie des grands au cinéma ;
Là seulement dirait-on, ils pensent avoir compris les soucis des puissants.
Avec eux comme en intelligence, ils se sentent grandis.
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EXTRAIT DU JOURNAL DE MON GRAND-PERE:
A la limite, si on en a le temps, on peut écrire sans aucune perspective de publication, l'argent n'est vraiment nécessaire que pour publier; dans le pire des cas un stylo, du papier et les bibliothèques publiques suffiront à qui veut écrire. Pour le cinéma c'est impossible ; pour réaliser un film, il faut un matériel coûteux et encombrant, payer je ne sais combien de personnes; ce n'est pas le mange-merde que je suis qui aura l'argent pour ça. Cela confère un poids éthique incommensurable à l'écrit au regard de ce que peut nous révéler le cinéma, qui au fond, n'a jamais su dire que des choses très plates de manière souvent spectaculaire j'en conviens; mais quelle usine à gaz!

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06 mai 2006

Littérature

Sur un papier volant trouvé dans un vieux livre (La Beauté invisible, Maurice Magre, Fasquelle éditeur, 1937 (Bibliothèque Charpentier)) ce petit mot manuscrit :

5-7-42
Melle
[illisible - peut-être Simone]. Je suppose et souhaite que mes livres vous apportent confirmation dans votre vie intérieure.
- Vous pouvez les garder le temps qu’il vous plaira, pour que vous puissiez en extraire ce qu’il y a de meilleur.
- Je crois que vous possédez depuis longtemps déjà la joyeuse sérénité de conscience qui suit et accompagne vos occupations journalières et que votre âme brille d’une lumière interdite au vulgaire.
Avec ma sympathie
[illisible]

Voici maintenant l’incipit de la préface que Maurice Magre écrivit pour le livre dans lequel j’ai trouvé ce mot : « Je ne sais pas s’il y a des hommes qui échappent au désespoir et s’il y en a, je crois qu’ils sont peu nombreux. Je n’envie pas ces hommes. »

***

"Faites-vous spirales transmettez l'énigme aux générations." (Philippe Sollers, H. - Seuil, 1973).
Philippe Sollers, une sorte de grand vortex de mots aspirés par un vide central ayant pour nom Philippe Joyaux.
***
Se méfier de la littérature ; elle tend à asservir l'esprit en une espèce de gaz d'éclairage pour salons bourgeois.

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