29 juin 2007

Eloge d'un historien

Il poursuivait sans cesse la muse Clio de ses assiduités ce qui lui ouvrit une intimité très particulière avec la connaissance historique. Sa puissance visionnaire caressait doctement la courbe des temps, sachant habilement s'arrêter en des points délicats où il réveillait des soubressauts paroxystiques, tant sa pénétration vous donnait le vertige.
Agatha Christie évoquant l'érudition historique de mon grand-père, Une autobiographie, éd. Le masque, 2006

Libellés : ,

24 janvier 2007

Une lettre inédite de mon grand-père

Devise d'A.G. d'Affy (Vitrail de la cathédrale de Winchester)



Vallemont, le 1er décembre 1926

Très Chère Agatha,

En partance pour Sils Maria où je comptais passer l’hiver, je bouclais ma dernière malle quand le facteur sonna pour me livrer cette lettre qui vient changer tous mes projets. Je ne vous ferai pas reproche, bien au contraire, de penser encore à moi. J’avais appris à endurer ce vent glacé qui courrait dans mon cœur - dans ce grand vide que vous y aviez laissé et qui épouse exactement vos formes. Je n’attendais plus depuis longtemps une lettre de vous et vous revoilà ressurgissant des grands fonds de la mémoire à la surface des eaux de mon existence bonace y propageant un grand mouvement de houle venu se briser sur mon tranquille rivage, ébranlant un îlot de sérénité que je croyais de roc ; car cette lame puissante a emporté, tel un fétu, mon pauvre asile que je croyais si sûr. Je m'étais réfugié dans la science et ma pratique médicale dont je m'étais fait un rempart aux tourments du cœur et des glandes ; car ces recherches érudites poursuivies avec une passion enragée dans une vie chaste et solitaire, ces spéculations, ces masturbations intellectuelles direz-vous, sont ma forteresse, les hautes murailles de mon Camelot.
Mais la joie de vous lire ne me console pas de vous trouver si triste. Que dans votre désespoir, vous ayez pensé à lui, cela touche votre bon ami aux tréfonds de son coeur. N’allez pas chercher quelque condescendance dans l’intérêt que je porte aujourd’hui à vos peines; je vous aime trop pour cela et, en lisant le récit des événements qui vous affectent, mes mains serraient avec révolte le papier de votre lettre, le froissant presque à le déchirer. J’avais appris par le
Times que Clarissa avait quitté ce monde et, bien que vous n’ayez pas daigné répondre, je pense que vous avez bien lu mon billet de condoléances; je savais combien cette perte serait pour vous une épreuve difficile. Clarissa vous fut bien plus qu’une mère puisqu’elle assura toute votre formation intellectuelle en la portant à un rare degré d'accomplissement, et ce, dans un esprit de bonne humeur et de joie tout aussi rare. Qu'une telle perte vous ait lancée au bord des gouffres je ne le conçois que trop bien; vous n’y étiez pas préparée. L’attitude d’Archibald à votre égard est absolument navrante. Je vous ai sentie très bouleversée par cette brutale demande de divorce et cette liaison qu’il ne prend même plus la peine de vous cacher. Que dire ? sinon que votre soupirant de jadis, à qui vous préférâtes l’aviateur qui vous humilie aujourd’hui, ne peut faire autrement que vous donner tout son soutient moral et médical.
Je tiens cependant à dire que, bien que cela ne vous ressemble pas, peut-être vous désespérez vous trop vite et, qui sait si Archibald ne vous reviendra pas un jour .

Par rapport à Rosalind qui est votre préoccupation première, ne craignez pas de lui montrer votre désarroi si vous ne pouvez pas faire autrement. Comportez vous en mère bien entendu, mais ne refoulez pas vos sentiments si vous n’en avez pas la force. Pensez toujours, ayant retrouvé un peu d’énergie mentale, à bien parler avec elle, a lui expliquer le plus honnêtement possible, sans vous humilier vous-même et sans non plus accabler Archibald ; l’enfant doit apprendre à juger ses semblables – y compris ceux qu’il aime – sur ce qu’ils font (qui peut être bien ou mal) et non sur ce qu’ils sont ; on aide mieux un enfant en lui disant comment faire telle ou telle chose (ce qu’il attend de nous) plutôt qu’en l’enjoignant à être sage (ce qui ne veut rien dire). Objet de fascination pour la philosophie et objet d’exécration pour la mysosophie, le verbe
être est probablement un des verbes les plus mutilants que les langues aient créé ; il est a l’origine de tout ce qui est identitaire; la dernière guerre, expression exacerbée des nationalismes, fut la plus meurtrière expression de l’abus du verbe être).
En vous relisant je sens combien ces événements vous ont fragilisée mais je vous crois tout à fait capable de vous ressaisir. Je n’explique que par votre désarroi, votre curieuse proposition qui m’invite à vous rejoindre au Old Swan-Hare Hotel à Harrogate ; ne craignez vous pas que cela puisse devenir compromettant? Je l’accepte néanmoins. En attendant mon arrivée n’abusez pas de l’eau de Spa à Harrogate. Je vous conseille de ne la prendre qu’avec le thé et d’éviter de la boire pure car sa douceur est trompeuse.
Quand je vous aurai rejointe, après quelques exercices d'induction tantrique nous verrons bien si les transes chamaniques, qui vous faisaient autrefois un si bel effet, vous sont toujours aussi efficaces. J’emporterai aussi un moulin à prières ainsi qu’un électuaire aux effets apaisants.
Quand vous serez calmée par ma médecine, nous pourrons causer tranquillement du présent et de l’avenir ; j’essayerai de vous transmettre les enseignements que j’ai tiré de ma vie solitaire. Je vous parlerai du concept d’amour équitable que m’a inspiré mon ami Ackroyd, qui a bien connu Multatuli l’auteur javanais de ce fameux roman,
Max Havelaar. L'amour n'est, au fond, qu'un sorte d'édulcorant destiné à favoriser l'acte génésique qui, sans lui, n'est qu'une violence. L’idée de base est qu’en amour nous devrions toujours jouir librement de l'autre sans toutefois nous l'aliéner, autrement l'amour devient inéquitable, exactement comme le commerce (dans une acception - péjorative - le mot commerce est synonyme de relations charnelles) ; ce que nous perdons de nous-même dans la relation entraîne parfois celle-ci au désastre. Il faut inventer l'amour équitable, une forme d’amour nouvelle qui ne peut être vécue que par celui qui s’est affranchit de l’angoisse de la solitude ontologique, c’est-à-dire de l’angoisse d’être humain ; celui dont la conscience ne s'afflige plus de la solitude existentielle de la condition humaine, celui-là sait que l'acte génésique est masturbatoire dans son essence même. Car tous nos ébats amoureux - plus ou moins joyeux - ne sont que des variantes - plus ou moins rafinées - de la pulsion masturbatoire qui, niée par notre civilisation dévoyée et perverse, entre en souffrance et favorise tous les abus de pouvoirs. Et c'est bien à tort que l'on considère l'auto-sexualité comme une passion stérile; car enfin, s'il existe bien un Dieu créateur du monde, comment aurait-il pu créer celui-ci autrement qu'en se masturbant?

Souvenez-vous d’Alice :
"Mais alors, dit Alice, si le Monde, vraiment, n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en trouver un?".

Comme les lecteurs de plus en plus nombreux de vos romans à mystères, j'ai pour ma part une grande confiance en vos capacités créatrices; vous saurez réinventer votre vie et celle de votre enfant, avec cette grâce qui vous est propre, celle là même qui séduisit Archibald et qui, sait-on jamais, le fera revenir.

Je ne prolongerai pas plus car je suis déjà bien lourd.

Affectueusement,
Votre féal,
JdA
Post Scriptum : je ne serai pas dans le Yorkshire avant samedi.

Libellés :

07 décembre 2006

Per Ardua ad Astra

Extrait du journal de mon grand-père:


Le calculateur analogique pour la prédiction des marées inventé par Lord Kelvin

juillet 1914

Je me sent comme l’astronome amoureux des astres ; mon savoir me condamne à souffrir l’infinie frustration de ne jamais approcher un jour ces astres merveilleux et me résigne à leur contemplation lointaine ; jamais ma main ne caressera la chevelure des comètes et ma peau ne connaitra jamais le grain des planètes, la chaleur des Pléiades. Tapi dans la nuit noire, je ne joui de leur beauté que par la lumière ténue qu’ils me lancent à petites poignées à travers l’immensité du cosmos; ces frêles lueurs me comblent l’intellect mais n’entameront jamais la chape obscure et froide de la nuit où je me tiens reclus dans mon observatoire.
A l'opposé, Archibald Christie est un jeune sous-officier de belle prestance. Archange des temps modernes, il émane cette aura de mystère que la familiarité des cieux confère aux aviateurs. Celui-ci, bien que sans rayonnement propre est taillé dans un marbre pur et semble ne pouvoir se révèler que par la lumière des autres. Il ne pouvait jamais paraître sous un si beau jour que par le soleil d’Agatha. Celle-ci, comme bien d’autre jeunes filles est tombée sous le charme de cet aviateur dont le regard bleu, glacé par l’altitude n’a jamais le temps de monter en température tant sa passion du vol le fait rare au sol. Depuis que cet astre froid tourne autour de la jeune femme il influe sur les mouvements de son cœur à la façon ample et sourde des marées.

Libellés :

13 novembre 2006

Vers aux -teries

Même si tes bijoux sont de ferblanterie
C’est toi qui les éclaire et nulle joaillerie
Ne recèle en ses coffres la joyeuse effronterie
De l’or de ton regard. Et sans forfanterie
Je clame à tous les cieux cette galanterie:
Je me meure sous tes yeux, alors que tu te ris
De te voir si belle en cette miroiterie.

J’ai retrouvé ces quelques vers de mon grand-père qui sont de toute évidence adressés à Agatha Miller qui n’allait tarder à devenir madame Christie. En effet à l’époque où ils furent écrits les fiançailles d’Agatha avec le Colonel Archibald avaient été depuis longtemps prononcées. A l’hôpital de Torquay une tendre inclination avait rapproché mon grand-père de Miss Miller et même si leurs rapports durent certainement rester platoniques les vers que nous publions révèlent à la postérité l’existence d’un amour qui fut certainement intense; ce petit poème l’atteste, non sans une forme d’autodérision. Si ces vers peuvent laisser quelques doutes sur la réciprocité de ces inclinations, rappelons qu’à cette époque, Agatha n’avait pas encore pleinement renoncé à l’art lyrique. Certes son récent échec Parisien lui avait fait réviser ses ambitions (elle avait séjourné deux ans à Paris dans l’espoir d’y faire carrière à l’Opéra). Têtue, Agatha s’obstinait à répéter pendant des heures, saturant l'atmosphère de son entourage avec l’Air des bijoux de Gounod qui est la source manifeste du poème de mon grand-père.

Ci-dessous, Joan Sutherland interprète l'air des bijoux




Libellés : ,

24 juin 2006

Verdun modèle du monde?

Monument aux mort de la Ville de Trévières (Calvados).

Ce Bronze d'Edmond de Laheudrie a été inauguré en 1921. Il évoque Athena Niké la déesse de la victoire et de la paix. En 1944, un obus allié paracheva cette œuvre en la défigurant de si horrible manière que les Trévierois la laisse désormais en l'état considérant qu'ils ont là, figé dans le bronze, un impérissable témoignage des oeuvres de la guerre pour l'édification des générations futures.

Alors qu’il exerçait la médecine sur la Riviera anglaise à l’hôpital de Torquay mon grand-père qui avait la violence guerrière en dégoût ne pouvait se résigner à l’idée d’une humanité incurablement meurtrière. C’est à l’occasion d’une Murder Party chez sa jeune amie Agatha (qui venait juste d'épouser Archibald Christie, fringant aviateur appartenant au Royal Flying Corps), que mon grand-père imagina de modéliser le jeu de la violence dans l'évolution de la population humaine. Ce soir là, les invités de Mr. et Mrs Christie se divertissaient avec une variante sophistiquée du jeu - un jeu dit à pouvoir variable - variable power game. Dans ce jeu chaque participant est affecté, un peu comme dans les Donjons & Dragons, de caractéristiques mesurées en points dont les grandeurs sont tirées aux dés avant le début de la partie.
Dans le texte qui suit, mon grand-père décrit un modèle qui fait irrésistiblement penser aux automates cellulaires du célèbre Jeu de la vie de Conway. Mon grand-père n’a jamais entendu parler d’informatique et la notion d’automate cellulaire lui était totalement étrangère. Il ne pouvait donc imaginer que son système puisse être programmé dans un ordinateur pour être testé. Il n’y avait tout simplement pas d’ordinateur à l’époque où ce jeu a été conçu. Est-ce dans le même esprit que Guy Debord inventa son Jeu de la guerre? J’affirmerai que non. Pour mon grand-père le but était de construire un modèle de l’humanité pour l’aider à maîtriser son évolution et sa violence.

Guy Debord, IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI

Le jeu de la violence

Torquay. Septembre 1914
On ne me croira peut-être pas mais bien que pacifiste convaincu, je suis un type hyper violent. C’est parce que je ne m’aime pas moi-même. Voyez, si je me croisais dans la rue, je me foutrais immédiatement une mandale dans la gueule ; il n’y a pas beaucoup de gens avec qui je me comporte ainsi. Cette vérité intime est au fondement même de mon pacifisme. J’abhorre les armes, la guerre et la violence et postule qu’il faut inverser la célèbre phrase de Clausewitz, ce qui donne; la politique s’est faire la guerre avec d’autres moyens.
Le violence se manifeste quand les moyens d’action spécifiques à l’humain sont réduits à l’impuissance. Ces moyens d’action spécifiques à l’humain sont strictement intellectuels et donc immatériels ; ils sont donc invisibles à autrui et intimes à celui qui les possèdes. Echappant aux sens il est impossible sans la connaissance intime d’un individu, de comprendre la réaction violente de celui-ci. La violence est toujours irrationnelle ; le conflit qui dévaste aujourd’hui les nations européennes en témoigne. Alors que s’ébauche une science de l’homme et que l’humanité est en train de prendre conscience de son unité, alors que de grands esprit comme M. Romain Rolland ont su porter leur regard au-dessus de la mêlée, les princes et les puissants entraînent leurs peuples dans des massacres inouïs ; et ce que font là les hommes, aucune bête ne l’aurait fait. Si la politique est un stade supérieur de l’évolution de la guerre je répugne à considérer la violence comme un état inférieur de l’humain, une émanation d'une sous-couche animale de l’être humain. L’animal n’est pas violent, parce qu’il ne se dégrade pas lui-même en tuant pour se nourrir. Tandis que l’homme, qui n’est pas un être de besoin mais un être de désir, tue parce que ses facultés dégradées n’ont pu lui permettre d’agir par les voies supérieures de l’intellect. Tant qu’on considèrera la violence comme un mal (au sens moral) on n’en sortira pas; la violence est une maladie. Pour en protéger la société on inventa la prison qui, de ce point de vue, constitue une sorte de Lazaret. Or la violence n'est pas la peste et la prison qui est une réponse violente à la violence n’est qu’une illusoire mise en quarantaine de la violence. Loin d’isoler la violence elle la propage dans les consciences en lui conférant une honorabilité qui a permis à M. Weber de dégager de nos automatismes mentaux collectifs le concept de violence légitime. Ma propre violence latente explique suffisamment à mes yeux la violence manifeste des autres pour faire du bannissement de toute hypocrisie en la matière un travail de la plus haute importance. Le jeu suivant est le fruit de réflexions personnelles initiées vers 1905. Les derniers développements, notamment l'adjonction d'une quatrième dimension (la Fertilité) sont venu plus tardivement ici en terre anglaise.

Théorie de la violence restreinte

Nous avons imaginé un modèle de l’humanité dont le but est de parfaire l’évolution politique vers plus de paix et avant tout vers la disparition de la violence ; disparition de tout violence. Le jeu que nous avons imaginé a pour but de constituer une sorte de modèle théorique de l’évolution des rapports humains sous l’angle de la violence ; qui de la violence ou du pacifisme (de la guerre ou de la politique) est susceptible de triompher sur Terre ? Cette société est composée d'individus. Ces individus se rencontrent dans l’espace du jeu ; ces rencontres se produisent selon des modalités qui dépendent des caractéristiques des individus qui sont au nombre de quatre. On ne retiendra que ces quatre caractéristiques pour définir chaque individu à savoir; la capacité de nuisance (ou force ou encore puissance notée P) , l’agressivité (A) et la mobilité (M) et la fertilité (F). La notion de puissance de destruction (P) est assez claire ; par exemple, on la mesure en nombre de morts après un attentat. La notion d’agressivité (A) est la mesure de la capacité d’effectuer une certain nombre d'agressions par nombre de rencontre effectuées (ex: sur 10 individus rencontrés il en agresse 7, s'il est agressif, 10 s'il est hyper-agressif). La mobilité (M) est la mesure d’un capacité à se déplacer sur le territoire, l’espace du jeu. Enfin la fertilité (F) est la capacité à engendrer de nouveaux individus. Ces quatre caractères sont des variables individuelles mesurées sur des échelles d'intensité ;

- P : la force (ou puissance, ou capacité de nuisance) pourrait se mesurer sur une échelle de 0 à 4 :
0 impotent total (tué ou neutralisé par la moindre agression)
1 faible (tué ou neutralisé par moins de 5 agressions sur 10 rencontres)
2 moyen (tué ou neutralisé par 5 agressions sur 10 rencontres)
3 fort (tué ou neutralisé par plus de 5 agressions sur 10 rencontres)
4 invincible (jamais tué ou neutralisé)
- A : l'agressivité serait aussi graduée sur une échelle de 0 à 4
0 pacifiste total
1 commet moins de 5 agressions sur 10 rencontres
2 commet 5 agressions sur 10 rencontres
3 commet plus de 5 agressions sur 10 rencontres
4 agresse systématiquement
- M : pour la mobilité, on la mesure aussi sur une échelle de 0 à 4
0 sédentaire absolu
1 peu mobile
2 mobile
3 très mobile
4 nomade
- F : Fertilité, sur une échelle de 0 à 4
0 stérile
1 monopare
2 multipare fertile
3 multipare très fertile
4 multipare prolifique
Cette société serait composée d'individus I dont les caractéristiques sont définies par un quadruplet (P ; A ; M ;F). Nous aurions donc des I(0 ; 0 ; 0 ; 0) (complètement impotent, complètement pacifiste, sédentaires absolus et stériles) mais aussi des I(0 ; 4 ; 4 ; 4) complètement impotents, complètement agressifs, nomades et prolifiques (ces derniers ne peuvent vivre longtemps car ils mettent sans cesse leur vie en danger, se sont des sortes de suicidaires qui utilisent les autres pour ce suicider tout en leur faisant des petits dans le dos). Il y aurait aussi des I(4 ; 4 ; 4 ; 4) des individus hyper agressifs, quasiment invincibles ; nomades prolifiques, incontrôlables violeurs ; ceux là sont les prédateurs suprêmes de cette société. Mais on trouvera quand même des modérés; individus moyennement agressifs et moyennement costauds ne voyageant que pendant les vacances se contentant de deux enfants ; les I(2 ; 2 ; 2 ; 2). Chaque valeur particulière d’un quadruplet (P, A, M, F) est donc un type de personnalité ou (éventuellement) de caractère.
On peut calculer qu’il y a 256 types (combinaisons avec ordre et avec répétitions de quatre chiffres choisis parmi quatre ; 4 x 4x 4 x 4 = 256) de personnalités ou de caractères dans cette société.
On se doute bien que l'évolution du système dépend des conditions intitiales, c'est-à-dire de la répartition quantitative de ces types de caractères dans la population initiale; ces variables du modèle sont a décider arbitrairement avant le lancement du jeu. Il ne me semble pas possible de dire à priori si une société à plus de chance d'avoir une minorité de I(4 ; 4 ; 4 ; 4) et une minorité de I(0 ; 0 ; 0 ; 0) et une majorité de I(2 ; 2 ; 2 ; 2) par exemple. Le I (2 ; 2 ; 2 ; 2) n'est moyen qu'en intensité de ses caractères ce n'est pas un individu moyen dans la mesure ou ses caractéristiques sont fréquemment rencontrée dans la société. Par conséquent cette répartition est une des variables à définir au départ du jeu. Par contre il semble évident que la répartition quantitative évoluera de manière déterminée vers une répartition finale en fonction de la répartition initiale. Ainsi une répartition initiale comportant une majorité de écrasante de I( 4 ; 4 ; 4 ; 4) risque d'aboutir à une répartition finale conservant et même accentuant cette majorité. Un des enjeux est de trouver une répartition initiale (R.ini) qui rendrait majoritaire de manière stable les pacifistes c'est à dire tout I (P ; 0 ; M ; F). En admettant que cette répartition initiale (R.ini) est un bon modèle de l’humanité d’aujourd’hui alors il adviendra un jour une paix universelle sur la Terre. Seulement voilà, ce modèle n’est certainement pas un bon reflet de la situation de l’humanité. Il est beaucoup trop simple. Il lui manque la prise en compte des contraintes de milieu géographique au modèle ci-dessus ; en effet l’espace du jeu ici est anisotrope, ses propriétés dont identiques dans toutes les directions; elles n’entravent pas les déplacement par exemple. C’est que le monde n’est pas composé que d’humains s’ébattant sur une surface lisse.
Prémices d'une théorie de la violence générale
Mais il faut définir une autre variable dans l'état initial de la société dont nous voulons suivre l'évolution ; il s'agit de la répartition géographiques des individus sur la surface de jeu. On peut imaginer par exemple une surface de jeu rectangulaire ne comportant dans la moitié gauche que des I(0 ; 0 ; 0 ; 0) et que des I (4 ; 4 ; 0 ; 0) dans la moitié droite ; il se ne passerait pratiquement rien dans cette société.
Il faudrait peut-être aussi ajouter un cinquième caractère qu'on pourrait appeler la grégarité, c'est-à-dire la tendance d'un individu à se rapprocher (forte grégarité) où à s'éloigner (grégarité faible) des autres individus.
Dans ce modèle nous n'avons pas cru nécessaire d'introduire la notion de défense; tout individu agressé répondra aux agression en proportion de sa propre agressivité (le pacifiste tend la joue gauche, l'hyper-agressif répond immédiatement), mais aussi de sa mobilité par exemple (le très mobile s'enfuit). Par conséquent, l'aptitude à se défendre est n'est pas une caractéristique supplémentaire; elle est contenue dans les autres caractéristiques.
Ce modèle n'est pas cependant très fin car il suppose que les individus n'apprennent rien. On pourrait imaginer que les caractères de chaque individu changent avec leurs expériences de la vie. Un pacifiste pourrait devenir agressif à force d'avoir survécu à des agressions. Un hyper agressif pourrait voir son agressivité se réduire avec l'age si son agressivité n'est jamais sollicitée par le contexte dans lequel il évolue. Un I(3 ; 3 ; 3 ; 3) pourrait devenir un I(2 ; 2 ; 3 ; 3) après avoir agressé un I(4 ; 4 ; 4 ; 4) qui l'aurait affaiblit rendu plus pacifique). On peut imaginer aussi qu'un I (2 ; 3 ; 4 ; 4) pourrait devenir un I (1 ; 4 ; 0 ; 4) affaibli, rendu plus agressif par une agression qu'il n'a pas lui même provoquée mais radicalement sédentarisé par cette agression. Ce modèle serait un reflet plus pertinent de la répartition mécanique de l'agressivité dans un groupe. On pourrait imaginer un modèle dont l'état initial essaierait de refléter l'état de l'humanité sur terre aujourd'hui et observer ce qu'il s'en suivrait. Il est évident que ce qu'on appelle répartition finale ne correspond qu'à une fin décidée arbitrairement par le joueur, le jeu pourrait très bien ne jamais s'arrêter tout comme l'histoire ne s'arrête jamais (sauf si toute l'humanité disparaît). Trouvera t'on des évolutions cycliques, instable, stationnaires? C'est un des intérêts du modèle. Ajouter évolution démographique (durée moyenne de vie, taux de natalité, de mortalité).

Libellés : , ,

16 mai 2006

Retour de flamiche

EXTRAIT DU JOURNAL DE MON GRAND-PERE
Miss Miller en 1916, G. d'Affiot
17 février 1934
“Eating Leeks makes you shrewd”. En français ;"Manger du poireau rend perspicace". Ce vieil adage gallois inspira à Agatha Christie le patronyme de son fameux détective. Vingt ans ont passés et je me souviens encore clairement comment ce nom lui est venu. C’était pendant la guerre, vers 1915 ou 16. Après l’assassinat de Jaurès en 14, je désertais et embarquais à Dieppe pour l'Angleterre. Je m’installais sur la côte anglaise pour y exercer la médecine. A Torquay, dans le Devon j'avais pris mes quartiers dans une auberge du nom de Fawlty Towers. C'était à l’hôpital de Torquay que je fis la connaissance de cette jeune infirmière pleine d'entrain. Miss Miller qui allait bientôt devenir Mrs Agatha Christie était fiancée depuis deux ans à un aviateur. Je dois dire qu’elle appréciais ma compagnie et que c’était réciproque ; elle était déjà la femme d’esprit qu’on connaît, charmante et espiègle. Sa passion pour la toxicologie, ma spécialité, nous avait rapproché.
Ce jour là Miss Miller couru chez moi m'avertir de l'état critique d'un de mes malades. J’étais attablé dans ma chambrette d’auberge devant une de ces tartes aux poireaux qu'une dame - réfugiée Belge - me faisait apporter régulièrement depuis que j'avais sauvé la vie de son enfant.
« Eating leeks makes you shrewd” me dit-elle. “Comment dit-on leek en français au fait?
« Poireau, traduisis-je. Le poireau rend donc perspicace ? … »

Le lendemain elle me montra le manuscrit d’un roman à énigme qu’elle était en train de composer pour amuser sa sœur. A l'hôpital la présence de réfugiés Belges parmi nos malades lui avait inspiré la nationalité de son héros détective Hercule Poirot dont le patronyme devait être dans son esprit une référence transparente au totem celtique de la perspicacité. Je lui fit remarquer que l’orthographe n’était pas la bonne. «Oh, My gosh !… anyway I don’t mind, it’s a surname, isn’t it ?”
Si, au lieu de romans policiers elle avait voulu écrire des romans sentimentaux, pour avoir le rendu d’un homme aimable sous tout rapport elle eut nommé son personnage Hercule Caroth.

Libellés :